No. 33 - Faire de la lenteur le centre de notre existence : reprendre (un peu) le fil de notre quotidien
Saison 4, épisode 2 - Celui où l'on parle de revenir à une vie plus matérielle (et non pas matérialiste) pour envisager la vie plus doucement
Récemment j’ai vu passer une image — que je n’ai pas pensé à sauvegarder évidemment — qui disait en gros « Avant on allait sur internet pour fuir la vie réelle, maintenant on va dans la vie réelle pour fuir internet ». Ça sonne un peu image postée avec un fond coloré douteux sur Facebook et c’est peut-être un peu cliché… mais est-ce que ça l’est tant que ça finalement ?
Mi-janvier j’ai repris le travail. Juste avant, ça faisait trois semaines que j’étais en vacances et que j’avais coupé les réseaux sociaux. Je n’allais plus sur Instagram ni ailleurs, je m’étais volontairement et consciemment coupée du monde Internet en quelque sorte et comme c’était doux. J’avais besoin de faire une pause, de ne plus être encombrée par le brouhaha du Web et de profiter juste du silence, de mon esprit moins silencieux, des fêtes de Noël, et du calme de l’hiver.
Hello ! Je suis Florence, franco-canadienne vivant à Montréal depuis 2018. Au quotidien j’aime aussi écrire et partager ce à quoi je pense : vous savez, toutes ces pensées qui tournent en boucle lorsque l’on s’endort ? Ici, c’est ça ! Je suis ravie de vous voir ici alors merci de partager ce moment avec moi ! Pour me soutenir vous pouvez vous abonner à ma newsletter pour n’en manquer aucune dès leur publication !
C’est un sentiment qui grossit de plus en plus ces dernières années, ce souhait de quitter un peu la toile pour aller chercher autre chose ailleurs, hors d’une connexion internet, là où l’on sent le vent sur notre peau pour de vrai. Il semble y avoir un réel grand élan cette année d’aller vers un peu plus de nous et un peu plus de vie réelle, un peu moins de virtuel, de non palpable et de pixels qui ne nous appartiennent pas réellement et ça me semble être un bel élan.
Qu’est-ce qui a créé ça ? Qu’est-ce qui a poussé nos habitudes vers une direction retournant vers ce que l’on faisait normalement avant. Est-ce le climat politique hyper anxiogène et violent de ces dernières années, un effet boule de neige des suites de la pandémie qui arrive, l’avènement massif de l’IA générative qui vient constamment bousculer toute la confiance que l’on pouvait mettre dans ce que l’on pouvait consommer sur internet… ou ce besoin de palper de nouveau un peu plus de réel, de choses qui sont là devant nous et qui ne dépendent pas d’un écran ou d’une connexion internet ? De cette certitude que ce que l’on a entre nos doigts ne peut pas disparaître ?
J’imagine qu’il y a un peu de tout ça et plus encore. En tout cas peu importe la raison, un grand ras le bol et un souhait collectif de reprendre un peu le contrôle sur notre propre temps de vie semblent vouloir se remettre doucement en place ces temps ci.
Ce début année sur Substack et ailleurs je vois fleurir plein de souhaits de revenir à une vie plus analog. Comprendre par là de refaire des choses physiques, des choses de nos mains. Comme troquer un abonnement numérique de musique contre un vieil iPod, ou bien mettre de côté son téléphone pour faire des photos à l’argentique, ou encore se remettre à écrire dans des carnets, faire grandir la pratique du journaling, dessiner, peindre, faire de la poterie… avoir un peu mal aux mains parfois de ne plus avoir l’habitude de les utiliser différemment mais faire de nouveau vivre toutes ces choses qui se touchent de nos doigts et plus juste de nos yeux. Des choses matérielles, réelles, physiques. Des choses que finalement on peut faire instantanément et au fil de notre quotidien, en ouvrant juste un tiroir pour en sortir notre matériel.
Je trouve ça hyper chouette.
Et en même temps puisque l’on vit dans un monde où se trouve toujours un Grand Mais dans l’ombre, il y a un bémol tout de même. Derrière cette lenteur il y a aussi la mise en valeur de plus en plus assumée du passé, cette nostalgie un peu rance et enjolivée qui ne met en avant que les vies blanches, bourgeoises et protégées des horreurs du monde, puisque ce sont celles qui les créent, cette nostalgie du passé qui cloisonne de nouveau les classes sociales et les origines. Il y a la lenteur mais aussi la croissance du travail à la maison des femmes, le retour à la cuisine, au foyer et à une place que l’on pensait enfin réellement appartenir à un autre temps, mais qui attendait semble-t-il son heure pour sortir de l’ombre.
Et puis il y a aussi en parallèle le risque que cela devienne une énième trend qui se métamorphose en mode performative, elle-même doublée d’une injonction à faire quelque chose de beau et réussi pour que ce soit montré, et non pas ce pour quoi cela devrait vraiment être fait : pour notre propre bien-être. Il y a aussi la possibilité que cela devienne un prétexte à la surconsommation qui me fait m’interroger sur ce grand élan de retour au tangible : acheter pour bien trop d’argent, générer des déchets dérivés du pétrole inutiles et surconsommer tout un tas de matériel pour commencer une pratique lorsque l’on peut souvent faire beaucoup avec peu.
Mais en ne gardant que notre envie de retrouver du temps pour nous, ce besoin semble être grandissant ces dernières années et sans que l’on ne puisse lui trouver une raison, 2026 a l’air d’être l’année pour le rendre plus concret.
Et puis j’ai repris le travail donc. J’ai relancé Instagram, et j’en ai surtout profité pour cette fois me mettre de vraies limites pour m’encourager à conserver l’élan que j’avais pris moi aussi : chaque jour, pas plus de deux heures d’accès au réseaux sociaux. À 22h, je n’ai plus accès non plus à internet (bien sûr en cas de besoin absolu je peux outrepasser la limite mais ça arrive rarement et l’idée est que je puisse en avoir besoin que pour des cas très précis).
J’ai l’impression que c’est assez. J’ai deux comptes Instagram, je peux au moins aller voir ce que j’ai envie d’y voir sans trop y traîner et le dimanche, j’ai fait en sorte sauf exception de ne pas pouvoir y aller du tout. Ça n’est pas la première fois que j’essaye de me mettre des limites : j’avais fait une première tentative il y a deux ans et ça n’avait pas franchement fonctionné. J'’avais tenté l’utilisation d’une application dédiée, l’une de celles qui vous bloquent l’accès aux applications choisies en vous imposant des contraintes pour y accéder… mais à la longue je n’y trouvais justement que de la contrainte et pas de réelle progression quant à ma consommation.
Parce que c’était une contrainte imposée et pas une réelle envie de ma part de faire vraiment plus attention.
Le soir même si je regarde encore trop souvent Youtube ou une série, je fais quand même attention à toujours lire avant de dormir et surtout, cette année je n’ai pas rempli le nombre de livres que je voudrais lire tout au long des mois qui se déroulent devant nous. Je me retire des statistiques, je ne veux plus savoir car je sais que les chiffres sont mon propre poison quand le seul moteur devrait être l’envie et non pas la nécessité. Ou en tout cas pas la nécessité dans un but d’accomplissement. Oui c’est super de lire, mais je crois que ça y est je m’en fous de savoir combien de livres je lis parce que dans le fond, cet objectif noté s’est transformé en une course collective à qui lira le plus même lorsque l’on est intimement persuadé·e que non.
Depuis le 1er janvier, j’ai fait une pause. J’ai tout mis sur ralenti et cette fois, sans qu’il n’y ait de réelle différence avec les fois précédentes ça a semblé être un peu plus efficace. Je ne crie pas victoire trop vite, on ne sait jamais vous savez bien à quel point il est aisé de retomber dans nos vieux travers ! Mais pour le moment, ça fonctionne.
J’ai l’impression que la clef n’est pas seulement d’avoir envie, mais bien de ressentir ce besoin nécessaire face à quelque chose qui vient impacter notre santé et surtout notre santé mentale. On parle tellement de cet aspect là ces dernières années : que les réseaux nous grignotent le cerveau et notre espace de réflexion disponible pour à la longue nous impacter un peu sournoisement sans vraiment que l’on ne soit d’accord avec ça.
On voit des vie d’apparence de rêve, des horreurs qu’on ne devrait jamais voir sans s’y attendre — bien sûr que je veux être au courant de ce qu’il se passe dans le monde, mais à quel moment est-ce devenu normal de voir aussi quotidiennement des personnes se faire tuer ? —, une suite d’informations en boucle sans jamais pouvoir prendre le temps de faire une pause pour laisser à notre cerveau le temps d’assimiler ce qu’il a vu et tout ça, sans filtre. Tout ça en boucle, constamment, chaque jour. Notre cerveau n’est pas capable de l’encaisser, il n’est simplement pas fait pour recevoir un tel flot d’informations en continu, et quelles informations !
Au départ, j’avais l’impression que me retirer de plus en plus d’internet venait en parallèle du fait de me refermer sur moi-même. C’est une habitude que j’ai souvent dès que je ne vais pas très bien et plus encore quand je traverse des phases de dépression, mais ça s’est peu à peu plutôt métamorphosé en le fait de me recenter sur moi-même et mobiliser mon temps, mon attention et mon énergie ailleurs que sur du virtuel.
Virtuel que j’adore par ailleurs : j’adore écrire ici, j’adore partager sur mon compte Instagram et lorsque mon blog était encore régulièrement actif, j’aimais d’un amour profond cette plateforme et tous les liens qui s’étaient créés avec tant d’autres personnes autour. J’en reparlerai dans une prochaine newsletter en cours d’écriture puisque c’est ce virtuel qui m’a donné la chance de pouvoir exercer le métier que j’ai aujourd’hui et ce depuis 10 ans. Parce que tout ce virtuel et ces liens donnent l’impression d’avoir un lien avec notre propre vie de par ce que l’on y fait. Mais la vie, le temps qui passe et l’âge ont fait que peu à peu — et je crois que ce sentiment est universel — les envies et les attentes que l’on pouvait avoir auparavant se sont peu à peu matérialisées ailleurs.
Est-ce que l’horreur et l’anxiété constante du monde ne nous font pas logiquement réagir par ce besoin de retrouver quelque chose de lent : d’aussi normal que d’écrire avec un stylo sur du papier, d’entendre le grattement de la plume dans un journal, que de regarder autour de soi pour prendre en photo le quotidien si facilement trouvé banal mais pourtant bien plus facilement palpable que des informations en continu ?
Il y a un exercice qui est souvent utilisé en psychologie lorsque l’on dissocie ou que l’on fait une crise d'angoisse pour parvenir à se réancrer de nouveau dans l’instant présent : observer autour de soi et citer 5 objets d’une même couleur, ou bien scanner son corps pour ressentir chaque partie, depuis les orteils en remontant jusqu’à la pointe du crâne.
Est-ce que nous ne sommes pas collectivement en train de matérialiser cet exercice par le besoin profond de se réancrer dans notre propre présent ?
De refuser de continuer à absorber l’horreur et les injustices quotidiennes pour y rapporter un peu plus de matière et de joie en regardant autour de nous les matières, les couleurs et ce que l’on peut s’approprier physiquement, ne dépendant ni d’un écran ni d’une connexion internet stable ? Quelque chose qui existe encore si des serveurs s’effondre, comme une cassette audio qui ne disparaitrait pas instantanément si ça arrivait.
L’horreur et l’injustice continuent d’exister autour mais elles ne sont plus au centre de nos existences, il ne s’agit alors pas de fermer les yeux, surtout pas, surtout pas pendant la montée du fascisme s’accélaire, mais de ne pas s’oublier et se perdre dans un monde qui n’est plus fait pour la lenteur et qui ne l’encourage pas non plus. Comment voulez-vous continuer de vous indigner si vous êtes à terre sans la moindre force ? Tout comme en cas de problème l’on doit d’abord s’occuper de soi dans un avion avant de s’occuper des enfants ou des personnes en détresse, encourager ce retour à un peu plus de lenteur et quelque chose de palpable dans nos vies physiques et non plus virtuelles semble être ce gilet gonflable dont on a besoin à l’instant T.
Un morceau de feuille, des crayons de couleurs, un appareil photo, flâner dehors l’été en trouvant des formes rigolotes dans les nuages… autant de choses physiques qui ces derniers temps semblent prendre la forme de gilets gonflables de toutes les couleurs du monde.
Par le fait de choisir consciemment où l’on met notre temps d’attention et en choisissant de verser un peu du contenu du verre du temps alloué à notre vie virtuelle dans celui de notre vie palpable, je remarque déjà que malgré les inquiétudes du quotidien celles-ci semblent ces derniers temps être moins lourdes à porter. Comme moins enrobées d’une anxiété continue d’être constamment heurtée à toute la charge du monde que l’on ne peut décidément pas porter sur nos propres épaules.
Mon interrogation après cet élan personnel d’essayer de mieux régler mes propres paramètres est de trouver comment être suffisamment informée pour ne pas être complètement retirée du monde, sans trop l’être en lisant en boucle des informations identiques : connaître une information une fois suffit, pas besoin à mes yeux de la lire dix fois avec dix formulations différentes.
La suite reste donc de trouver comment trouver un équilibre qui ne soit pas constamment instable et d’inverser la balance : la vie sur internet existe et a de la valeur, mais c’est la vie physique qui (me) procure réellement le plus de bonheur ou tout du moins de calme nécessaire pour faire face au reste. La vie est une balade rencontrant parfois des gués compliqués, pas une course à la fin de laquelle une médaille nous sera remise.
En plus des restrictions de temps pour accéder moins facilement à mes applis, voici les autres méthodes — incroyablement banales — que j’ai mises en place :
Réorganiser les pages de mon téléphone. Instagram n’est plus disponible dès que je l’attrape, l’application est sur la 4 ou 5ème page de mon téléphone, rendant son accès visuellement moins évident. J’y vais via la barre de recherche mais le fait de le faire volontairement rend son accès plus conscient.
Fait du ménage dans les personnes que je suivais, en oubliant ma petite voix qui s’en veut quand ce sont des personnes que je suivais depuis des années. Tel compte me rend mal, me fait me sentir nulle ou ne colle plus du tout avec les valeurs que j’ai ? Hop, tant pis, on évolue ce n’est pas de la faute des autres et ça ne fait pas d’elles ou de nous de moins bonnes personnes, nos envies changent et c’est comme ça, ce n’est pas grave.
Depuis au moins 10 ans je n’ai aucune notification sur mon téléphone hormis celles de mes messages. Quand j’allume l’écran, je ne vois rien d’autre que ça et seules celles que je laisse sont vraiment importantes : l’appli de ma banque au cas où, Transit mon appli de transports en commun quand j’ai besoin d’aller quelque part pour ne pas manquer l’heure où je dois partir et mon appli de santé, au cas où aussi. Ça, et mes applications de messagerie, rien d’autre.
En janvier, j’ai donc réussi à faire plus attention à moi et remplacé ma consommation excessive de réseaux sociaux par le fait de faire autre chose, ailleurs. Si les statistiques sont tout de même parfois amusantes, en voilà une : cet élan vers quelque chose de plus sain s’est matérialisé en un total de 6 gâteaux en un mois, remplacer Instagram par de la pâtisserie me semble être une merveilleuse idée, pas vous ?
J’ai à cœur de faire de ce Substack un espace de partage et de conversation et pour ça, j’aimerais beaucoup lire vos pensées alors n’hésitez pas à réagir via l’espace de commentaires ci-dessous !
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Ah ça me parle tellement (comme quasi chaque newsletter que tu écris finalement !), et comme toi je ressens un vrai besoin de déconnexion depuis mi décembre. Je me rends compte que j'ai passé l'année 2025 à me dire que j'avais "besoin de ralentir", tout en me rendant compte en faisant le point en fin d'année que vraiment, je n'arrive pas à incarner ça. Toujours dans le multi tasking, toujours à marcher vite, en profiter pour répondre à mes messages, au lieu d'être juste dans l'instant présent. Du coup je réfléchissais en début d'année, avec cette sensation viscérale qui me disait que vraiment il n'y a pas moyen que je recommence une nouvelle année comme ça. Pas par principe, résolution ou objectif, mais parce que comme toi, le ralentissement et l'absence d'écran quasi totale (ou plutôt de réseaux sociaux que d'écran pour être plus juste) me fait me sentir bien mieux au global, plus connectée à mon corps et mon esprit, et que j'arrive à vivre ce ralentissement. Je me rends compte aussi que je n'arrive pas à associer le "faire" au ralentissement, simplement je pense car quand je suis dans le faire, c'est toujours à toute vitesse et toujours plus. Alors mon exercice du moment, c'est d'apprendre à faire, mais avec lenteur, faire quand même, mais sans me mettre la pression, en étant focus sur une chose à la fois. Et je crois que je tiens la solution en ce qui me concerne, la fin du multi tasking qui submerge mon système nerveux qui est stimulé dans tous les sens. Ralentir c'est sûrement ça finalement, pas ne rien faire, mais faire de manière focus, en conscience, une chose à la fois. Et me déconnecter m'enlève cette pression de la vitesse et de la comparaison. On a besoin plus que jamais d'être connectés entre nous au vu de tout ce qui se passe (coucou le fascisme), et je suis convaincue que ça passe par se connecter avant tout à soi, car comme tu l'as dit, on n'aidera personne si on est submergée et à plat. Bref, sur ce, je vais éteindre mon ordi et attraper mon bouquin du moment - petite relecture d'Harry Potter, quoi de mieux pour incarner un retour à soi qu'une lecture réconfortante à l'ancienne finalement ?
Oui il y a un retour à un "idéal du passé" un peu inquiétant depuis un moment. Je suis d'accord avec toi, beaucoup d'enjeux politiques et économiques derrière tout ça, dont la plupart des gens n'ont pas conscience. Peut-être parce que leurs cerveaux sont lobotomisés par les IA et réseaux sociaux, et leurs seuls posts consistent à dire "c'était mieux avant", ou "j'ai décroché des réseaux"(tout en postant 50 fois reformulé pour générer des commentaires).
Les réseaux constituent un formidable outil de partage et de lien social, à condition de les utiliser ainsi. Pour ma part, je ne regarde ou écoute que très peu les informations, je suis abonnée à une newsletter qui me permet de savoir chaque matin ce qui se passe en France et dans le Monde, c'est bien suffisant.
Hummm les gâteaux.... :)))) Je fais la chasse aux kilos en trop en ce moment, mais j'adore la pâtisserie :D (et du coup c'est Monsieur qui s'y met, il est frustré ! ahah !)